La trajectoire d’une donnée : de la source à l’héritage
- 2 hours ago
- 5 min read
La trajectoire des données est aujourd’hui opaque : on ne sait plus vraiment d’où vient une donnée, qui l’utilise, combien de temps elle reste, ni ce qu’elle produit quand elle ressort sous forme de score, de publicité, ou d’alerte.
Une donnée est d’abord capturée (par un capteur, une appli, un formulaire), stockée (dans des bases, des fichiers, des historiques), puis utilisée (pour informer, décider, personnaliser, facturer, surveiller). Dans cet article, je propose un guide en tant que spécialiste de la donnée, sur ses trois phases de vie : naissance, usage, héritage.
On parle de sources de vérité, de droits (y compris le retrait), sous forme de questions concretes, à aborder à table en famille ou entre amis :
Comment créer des données authentiques, utiles et vraies ?
Comment en faire une bonne utilisation, partager pour innover ?
Quelles données laisser derrière soi ?
1) Origine de la donnée : l’instant où tout commence
Une donnée naît toujours d’un geste, une action, une interaction :
un clic
une photo
un badge qui bip
une phrase lâchée dans un micro
un drone qui survole une parcelle, juste « pour voir »
À ce moment-là, la donnée est encore innocente : ni bonne ni mauvaise, c’est une information, un évènement, un fait. Mais attention : entre un fait et une vérité, il y a un couloir long, sombre, et plein de portes.
🧭 Exemple : la météo de quartier
Le panneau de la pharmacie indique 28°C.
Le journal a annoncé 32°C.
Les gens postent « canicule » ou « normal » selon leur rue, leur ombre, leur mémoire.
Une appli agrège, lisse, et affiche un chiffre unique sur le téléphone : 30°C.
➡️ Le chiffre a l’air vrai. Il est surtout le résultat d’une chaîne.
Vrai ou faux : sources de vérité et désinformation
La désinformation moderne n’est toujours un mensonge. Elle est plutot un tableau, qui compose des informations disponibles dans la réalité. Le capteur de la pharmacie à l’ombre affiche une température légitimement plus basse à 14h d’autant que la météo régionale n’a pas pris en compte l’air marin.
Questions simples à se poser :
Qui a produit la donnée ?
Dans quel contexte ?
Qu’est-ce qui a été perdu à la capture ?
Qui a intérêt à ce que ce chiffre circule ?
Propriété, responsabilité, droits numériques
La question suivant « à qui appartient la donnée ? » est « qui en est responsable ? » Quand une donnée me concerne, je ne veux pas juste un droit abstrait. Je veux une relation claire :
qui l’utilise
pourquoi
combien de temps
et avec quelles conséquences
2) Vie et utilisation de la donnée : la donnée fait sa carrière
Une donnée qui vit bien n’est pas une donnée qui vit longtemps. C’est une donnée qui vit juste : pour qui ? pour quoi ? pour combien de temps ?
Droits de retrait : droits et devoirs, jusqu’à quand ?
Le retrait, c’est la question du temps.
Est-ce que je peux effacer ?
Est-ce que je peux corriger ?
Est-ce que l’effacement s’applique aux copies ?
Et si la donnée a servi à entraîner un modèle, est-ce qu’elle existe encore quelque part ?
La donnée a tendance à se se partager, pour alimenter d’autres réseaux d’information (archives et stockage, réseaux sociaux, …). Donc le retrait n’est pas un bouton magique. C’est une discipline d’architecture et une discipline morale, au même titre que trier ses déchets ou ranger sa chambre.
Espace public - visage privé : le cas des drones
Un drone filme un sublime paysage au coucher du soleil : sur la plage, on distingue des surfeurs, des baigneurs tardifs, des familles rentrent dinent, ca
La frontière entre public et privé n'est pas une ligne au sol. C'est une négociation permanente entre :
la technique (ce qui est possible)
la loi (ce qui est autorisé)
l'éthique (ce qui est acceptable)
la perception (ce que les gens ressentent)
Autrement dit : même quand tout est légal, tout n'est pas forcément ok.
3) Le testament numérique : ce qu’on laisse quand on s’en va
Avant, on laissait des objets : meubles trop lourds, robes démodées, souliers usés et maisons aux frais de notaires insurmontables.
Aujourd’hui, on laisse des accès : des comptes, des photos, des messages, des historiques, des adresses.
Et parfois des choses plus dures à assumer : des brouillons, des captures, des géolocalisations, des achats nocturnes, des « j’accepte » cliqués trop vite, des “likes” mal filtrés au réveil ...
Ce qui se fait aujourd’hui (état de l’art, version terrain)
Sans entrer dans la jungle juridique, on voit déjà trois pratiques concrètes se répandre :
des plateformes qui proposent un contact légataire ou une inactive account policy
des coffres-forts numériques (ou gestionnaires de mots de passe) utilisés comme mini-notaires
des familles qui improvisent, au pire moment, avec des post-its et des souvenirs
Les questions à se poser : si c’était une discussion à table
Qu’est-ce que je veux rendre public ?
Qu’est-ce que je veux laisser à mes proches ?
Qu’est-ce que je veux faire disparaître ?
Qui doit pouvoir accéder à quoi, et quand ?
Qu’est-ce qui doit rester à moi, même après moi ?
Écrire son testament (numérique) : la checklist
[ ] Faire l’inventaire des comptes importants (banque, email, cloud, réseaux, abonnements)
[ ] Choisir une personne de confiance (et définir son rôle : lire, fermer, transférer)
[ ] Centraliser les accès dans un gestionnaire de mots de passe, ou un coffre-fort chiffré
[ ] Noter les procédures : quoi faire en premier, quoi fermer, quoi archiver
[ ] Définir une règle de tri : ce qui se transmet, ce qui s’efface
[ ] Prévoir le cas « je suis vivante mais indisponible » (accident, hospitalisation)
[ ] Mettre une date de relecture (tous les 6 ou 12 mois)
Conclusion : la ronde infinie, et notre responsabilité
La donnée est crée et partagée parce que l'information est au coeur de notre société, parce que les systèmes tournent et veulent s'améliorer. Elle permet de belles choses comme la gazette Famileo de nos grands parents, mais on doit rester vigilants jusqu'à la fin de leur vie.
Si on veut une data plus humaine, il faut arrêter de la traiter comme un simple carburant.
Mille données, bien agrégées, permettent d'orienter la recherche scientifique pour la préservation des océans ; mais ce moment à la plage, est aussi fragment de réel, attaché à des vies. La connaissance des données permet de muscler une hygiène numérique qui laisse à l'abri de toute arnaque, et coule de jours heureux.
Pour de la donnée de qualité, une règle simple :
capturer avec soin
utiliser avec mesure
transmettre avec intention.



Comments